
I Grotteschi: Godo
Argument
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Préparez-vous au mieux à la seconde partie de I Grotteschi et lisez déjà l'histoire de Godo, réduite à l'essentiel par la dramaturge de la Monnaie Lalina Goddard.
PERSONNAGES
Melancolia est le patriarche de la famille :il est le père de Coraggio, et le grand-père de Privilegio et Capriccio. Veuf éploré, atteint de démence, il erre à la lisière du monde des morts.
Coraggio est le fils de Melancolia et l’époux de Costanza. Il est plongé dans le coma à la suite d’une mystérieuse maladie. Soigné par Carità, il reprend par moments conscience, et se met alors à délirer. Il finit par recouvrer ses esprits, mais que vaut-il mieux : demeurer inconscient ou se réveiller, lucide, mais terriblement seul ?
Costanza vit dans l’attente douloureuse du réveil de son époux, Coraggio. Dans sa solitude, elle tombe éperdument amoureuse de Fortuna, la femme de chambre. Mais Costanza pourra-t-elle ignorer longtemps que Privilegio, son fils aîné, est l’amant de Fortuna ?
Privilegio est le fils aîné de Coraggio et Costanza. Avide de pouvoir et de violence, il délaisse Virtù, son épouse enceinte, et jette son dévolu sur Fortuna, la femme de chambre.
Virtù est l’épouse enceinte et délaissée de Privilegio. Rongée par l’humiliation, elle conserve malgré tout une inébranlable droiture morale.
L’éphèbe Capriccio semble bien différent de son grand frère Privilegio. D’abord espiègle et vif, il se détourne progressivement du philosophe Sapienza, qui veillait jusqu'alors à son éducation, pour explorer l’amour charnel avec Impazienza.
Au cœur des intrigues de la maison, la gouvernante Esperienza garde un lourd secret. Confidente attentive, cette figure maternelle consolatrice n’en est pas moins animée par ses propres intérêts. Ses deux filles, Impazienza et Fortuna, sont nées d’un père inconnu.
Fortuna est la femme de chambre de la maison. Pleine de convoitise, elle ignore les mises en garde de sa mère, Esperienza, et tente de manipuler son amant, Privilegio, pour arriver à ses fins : accéder à la caste des puissants, quel qu’en soit le prix à payer.
Impazienza, la seconde fille d’Esperienza, batifole dans les bras du beau Capriccio. Maintenue dans l’ombre de sa sœur Fortuna, Impazienza saura-t-elle contenir sa jalousie ?
L’ infirmière Carità, amante du jardinier Giudizio, prend soin de Coraggio. Mais curieusement, l’état de ce dernier ne semble pas s’améliorer, bien au contraire. Derrière son dévouement, Carità cacherait-elle un autre visage ?
Amant de l’infirmière Carità, le jardinier Giudizio est un être versatile. Tantôt léger et sensuel, tantôt empathique et grave, il est avant tout guidé par son instinct de survie.
Le philosophe Sapienza prodigue ses conseils avisés aux membres de la famille. Mais dans cette maison, la sagesse a un prix, surtout lorsqu’elle commence à déranger les puissants.
Prologue
Les « grotesques » évoquent le fait que la nuit, quand le silence règne et que tout le monde dort, les pensées et les larmes causent maints tourments.
Premier acte
En compagnie de son jardinier et ami Giudizio, Privilegio, euphorique, fête la mort de Sapienza, dont il profane la dépouille. Au moment où il l’embrasse, il se rappelle soudain tout l’amour qu’il éprouvait pour le philosophe quand il était « son » éphèbe, et se met à pleurer à chaudes larmes. Carità arrive alors avec un plateau de drogues et prend part à l’orgie des jeunes gens.
Melancolia annonce à Privilegio que son père, Coraggio, est de retour, tandis que ce dernier observe en secret le déclin de sa famille et de son foyer. Privilegio se moque de Melancolia en l’invitant à aller apporter cette nouvelle à sa mère.
Dans un bref instant de lucidité, Melancolia, resté seul, déplore sa vie dépourvue de sens. À l’instar d’Orphée, il désire mourir dans l’espoir de revoir sa bien-aimée décédée. L’esprit de Sapienza reproche à Privilegio son amour post-mortem, tandis que le jeune homme évoque la terre vorace qui ouvre des crevasses pour engloutir les vivants. Son ambition insatiable l’incite à pousser son grand-père dans les escaliers.
Carità porte secours à Melancolia et supplie Privilegio de se montrer plus compatissant envers le vieil homme. En entendant Coraggio parler, elle constate qu’il est sorti du coma. Le croyant toujours en train de délirer, elle se fait à nouveau passer pour la déesse Minerve afin de le manipuler, mais Coraggio comprend qu’elle l’a empoisonné de façon répétée et la repousse. Lorsqu’il découvre son père blessé dans les escaliers, il est soulagé de le voir encore vivant.
Espérant impressionner sa mère, Impazienza lui présente son nouvel amoureux, le jeune et riche Capriccio, mais plutôt que de s’intéresser aux tourtereaux, Esperienza médite sur l’amour et le grand âge. La jeune femme, poussée par la jalousie qu’elle éprouve envers sa sœur Fortuna, va trouver Costanza pour soi-disant lui déclarer sa flamme. Chagrinée d’avoir été elle-même éconduite, Costanza feint de répondre à son amour et lui révèle son projet cynique de tuer Fortuna. Impazienza accepte sans hésiter de lui prêter ses vêtements, afin qu’elle puisse perpétrer son meurtre sans être reconnue. Costanza profite de l’arrivisme de la domestique pour abuser d’elle sexuellement.
Le jardinier Giudizio souffre de dépression en raison de son addiction aux drogues. Confronté en permanence à la violence et n’ayant nulle part où aller, il envisage de mettre fin à ses jours.
Fortuna se réjouit à son tour de la mort de Sapienza et pense à son futur mariage avec Privilegio. Esperienza conseille à sa fille de ne jamais se fier aux riches ; celle-ci réagit en promettant à sa mère de la garder toujours auprès d’elle. Les deux femmes s’endorment alors dans le jardin. En les observant, Capriccio évoque le fait que les êtres humains oublient tout dès qu’ils ont les yeux fermés. Déguisée en Impazienza, Costanza s’approche de Fortuna, mais Capriccio la surprend avant même qu’elle ait pu passer à l’action.
En présence de son mari, Virtù révèle à Carità son intention de se trouver un nouvel amant. Privilegio se moque de sa femme, laquelle se demande tout haut si son époux est vraiment digne et capable de succéder à son père à la tête de l’empire familial. Impazienza fait alors irruption ; elle se réjouit à l’idée de la mort prochaine de sa sœur Fortuna. L’arrivée d’Esperienza et Privilegio met fin à son exaltation : la première l’accuse de meurtre, tandis que le second est persuadé que cet acte a été commandité par Virtù. Costanza s’interpose et, cherchant à provoquer son fils, se déclare coupable de la tentative d’assassinat. Privilegio se montre à la fois clément et cruel. Après tous ces événements, Virtù décide de quitter la maison et d’abandonner son ancienne vie.
Deuxième acte
Seule dans les appartements des domestiques, Esperienza se demande si elle doit se taire ou révéler le secret qu’elle a toujours tenu caché.
À l’extérieur, Melancolia attend désespérément son épouse et se plaint de l’attitude des autres femmes de la maison, ce qui exaspère Esperienza. Ailleurs dans le jardin, Capriccio meurt des suites d’un coup de couteau. Croyant entendre la voix de Dieu, Melancolia est victime d’une crise cardiaque.
Privilegio révèle à Fortuna que c’est sa propre mère, Costanza, qui avait ourdi son meurtre. Désormais, plus rien ne s’oppose à leur union : ils décident de se marier le jour même.
Costanza pleure la perte de son fils Capriccio, tandis que Carità constate que, même à l’ombre du pouvoir, la vie est incertaine. Sur le point de mourir, Melancolia tente de faire comprendre à Costanza que Coraggio est de retour, mais elle ne le croit pas. Privilegio jette de l’huile sur le feu en confrontant Carità à la ruse qu’elle a utilisée afin de duper et empoisonner Coraggio en se faisant passer pour la déesse Minerve.
Seule aux côtés de la dépouille de Melancolia, qui fut l’amour de sa vie, Esperienza s’abandonne au chagrin. Elle commence à vanter le brillant avenir de sa fille, puis devient de plus en plus fébrile et révèle le secret qu’elle avait toujours soigneusement tu. Dans l’obscurité, Costanza voit un individu déguisé en son mari; terrorisée, elle s’enferme dans sa chambre. Elle comprend peu à peu que cet homme ne peut être que Coraggio, et le couple se trouve enfin réuni.
L’esprit de Melancolia, qui n’a pas quitté la maison, entonne un chant d’amour pour son épouse disparue il y a longtemps, laquelle lui répond depuis le monde des morts.
Privilegio fait de sa maîtresse Fortuna sa nouvelle « reine ». Avant que Virtù s’en aille, Fortuna se moque d’elle en évoquant sa chute ; jadis reine, elle est désormais mendiante. Privilegio interrompt leur querelle en leur enjoignant de se soumettre à lui.
Les « grotesques » déplorent leur destin : ils naissent et meurent mille fois par jour sans aucun espoir de salut.
— Traduction : Brigitte Brisbois